Fin de l’année 2009, si tout va bien, la France se dotera de la radio numérique terrestre. On nous promet une meilleure couverture du territoire par les radios, plus de programmes, des données associées. Bref, monts et merveilles. Et tout le monde veut sa part du gâteau car l’enjeu est colossal : chaque jour, 42,4 millions d’auditeurs écoutent la radio. Or le CSA rendra officiellement, le 15 mai prochain, les autorisations d’émettre de l’appel à candidatures qu’il a lui-même lancé, il y a quelques mois. Les radios déjà présentes sur la bande FM ont une priorité et pour ne pas mourir, nombre d’entre elles se sont donc lancées sur le numérique. Mais une fois les radios existantes contentées, de nouveaux entrants vont apparaître.
Ainsi Goom Radio qui diffuse actuellement sur le web parie à fond sur la RNT. Son président, Roberto Ciurleo, ancien directeur des programmes de NRJ, est une sommité dans le monde de la radio. C’est sous sa direction, par exemple, que NRJ avait réussi à ravir la première place du palmarès radio, devant RTL (avant la chute que l’on connaît aujourd’hui). Pour lui, désormais, «il faut être partout, sur tous les canaux de diffusion». A ses yeux, la chance de la RNT, c’est l’arrivée de nouveaux entrants. Autrement dit, des acteurs qui vont révolutionner le système. Il juge que les marques comme Skyrock, NRJ ont vieilli et ne répondent plus aux attentes. « Les gens qui font ces radios ne ressemblent pas à leurs auditeurs. A NRJ, il n’y avait ni blacks, ni beurs. La RNT va permettre à de nouveaux entrants de mettre de la diversité », explique-t-il. Au-delà de ces nouveaux venus, la RNT va également enrichir les contenus avec ce qu’on appelle «les données associées». Et pour Goom, ce sont ces données qui permettront de financer la radio. «On sait qui nous écoute. On peut, par la suite, adresser des publicités différentes selon la cible », remarque Ciurleo.
TF1 aussi se lance dans la radio. Le groupe Bouygues ne cache plus ses intentions de décliner sa marque sur différents supports et la radio numérique est très clairement en ligne de mire. Trois dossiers ont été déposés au CSA. Un pour LCI radio, l’autre pour Wat Radio (pour les 15-24 ans) et le dernier pour une radio destinée aux femmes. D’autres groupes veulent faire émerger de nouvelles radios. C’est le cas de NextRadio (BFM, RMC) avec RMC Sport. Radio Classique et RTL ont également postulé pour de nouvelles fréquences afin de déployer leurs web radios. Pour Jamil Shalak, président de l’association pour la radio numérique Digital Radio, certains de ces projets existaient déjà mais « faute de place sur la bande FM, ils ne pouvaient pas se développer ».
« Il est légitime que TF1 veuille se développer mais il faut aussi laisser des projets créatifs», ajoute Shalak, inquiet pour les petites radios. Lui-même dirige Radio Orient et il rappelle que les coûts de diffusion avec la norme T-DMB sont énormes pour une petite structure. Or «aujourd’hui, les aides promises par le ministère de la Culture sont encore incertaines ». Bien que de nombreuses radios se soient portées candidates, la double diffusion pourrait faire mourir certaines d’entre-elles. Car personne ne connaît l’avenir de la radio numérique et toutes les stations qui font la richesse de la bande FM (ou ce qu’il en reste…) devront émettre à la fois en FM et en RNT. On voudrait les tuer qu’on ne s’y prendrait pas autrement vu l’énormité des coûts.
Dernier recourt. L’association DR milite pour du multinorme comme c’est déjà le cas aujourd’hui entre la FM et l’AM. Obstiné, Shalak précise qu’il est encore temps pour que la France fasse ce choix afin de ne pas répéter les erreurs de la vidéo et du SECAM français. Il reste encore 2 mois, entre la publication des autorisations et la création des multiplexes.
Les grands groupes partent avec une longueur d’avance sur la RNT : «le choix de la norme qui protège les parts de marché ». Apparition de la RNT ou non, Ciurleo et Shalak sont d’accord sur une chose : dans tous les cas, si les programmes sont nuls, ils ne seront pas écoutés. «Le patron de la radio c’est l’auditeur», souligne Shalak. Et pour arbitrer le match entre tous les acteurs, il fait confiance au CSA qui « prend de plus en plus d’indépendance. Ses missions sont de faire respecter la diversité des contenus, le pluralisme et les engagements des conventions avec les radios ». Reste une inconnue de taille pour la pérennisation des radios: y aura-t-il assez de pub pour tout financer ? Pour Ciurleo: «c’est pas un souci».