Madame la Ministre chargée du développement et de la prospective de l’économie numérique,
Monsieur le ministre de la culture, Monsieur le Ministre de l’industrie,
Monsieur le Président du CSA,
Chers confrères journalistes,
Le nouveau retard annoncé du démarrage officiel de la Radio Numérique Terrestre sur le territoire Français, pourtant aujourd'hui reconnu comme indispensable économiquement et démocratiquement à la pérennité d'une radio gratuite et populaire, pose aujourd'hui un grave problème aux nouveaux entrants, désignés en mai dernier par le CSA.
Cette succession de retards et de remises en questions de la RNT porte, en effet, un grave préjudice à tous ceux qui souhaitent enrichir l’offre de programmes, après plusieurs années d’investissements et de travail, sans avoir de réseau FM préexistant et en étant mobilisés par la promesse officielle du CSA, qui avait, jusqu’alors, dicté leur démarche et leur opiniâtreté, en toute confiance vis-à-vis de l’Etat Français.
Pour mémoire, Il y a maintenant plus de trois années, le CSA lançait son fameux appel à candidature pour les fréquences numériques dans un élan d'enthousiasme général parmi les différents acteurs du métier de la radio, avec en tête les grands groupes privés. C'est ainsi que s'est rapidement constitué un "groupement de la radio numérique", réunissant le service public avec les grands groupes privés de la radio Française pour déterminer la norme TDMB+, dont on sait aujourd'hui qu'elle réduisait à la base le nombre de nouvelles radios possibles, tout en ayant des qualités comparables à la norme DAB+, largement adoptée dans les autres pays.
En mai dernier, c'est donc dans un contexte de compétition rude que certains nouveaux éditeurs de programmes, indépendants le plus souvent, se sont vu attribuer les précieuses nouvelles fréquences. Or il se trouve qu'aujourd'hui, sûrement déçus de n'avoir obtenu gain de cause pour leurs nouvelles propositions de programmes, les quatre principaux groupes privés font machine arrière et s'obstinent à freiner le départ, pourtant inéluctable, de la radio numérique en France.
Ceux-là, ne se soucient sûrement pas de l’avenir de la radio en général et de la situation grave dans laquelle se trouvent aujourd'hui confrontés les nouvelles radios pourtant nommées par le CSA ("R2O", "CROONER", "ANTINEA", "RADIO MANDARIN"..) qui ne peuvent aujourd'hui commencer à s'installer officiellement, sur la base de leurs diverses sources de financement, dans un contexte de telle incertitude.
Depuis la parution du fameux "rapport Tessier", en septembre dernier, qui visait à minimiser l'urgence du démarrage de la RNT en France, il faut savoir que bon nombre d'investisseurs spécialisés dans les médias, se trouvent aujourd'hui dans une situation d'immobilisme par rapport au financement de ces nouvelles radios, pourtant légitimement "élues" par le CSA.
A l'heure ou ce fameux rapport à été débouté, à l'heure ou notre Ministre de la Culture a décidé d’ouvrir avec expertise le dossier de la RNT, au moment même ou le service public affirme que sa pérennité passera par le numérique hertzien et que le reste de l'Europe démarre effectivement la RNT (Angleterre, Allemagne…) il est urgent d'accélérer le processus qui permettra d'éviter au média radio de tomber aux mains des opérateurs de téléphonie et d'internet, de garder son indépendance et d'augmenter son offre de programmes gratuits et accessibles au plus grand nombre.
A terme, les groupes privés se féliciterons de payer un coût de diffusion nettement inférieur à l’analogique, d’exploiter les nouvelles ressources publicitaires offertes par la diffusion d’images accompagnant le programme, dans un contexte de seuil anti-concentration sûrement relevé, comme ils le souhaitent.
Nous demandons donc à l'Etat Français d'intervenir auprès du CSA, comme le fait actuellement Mme Morin-Dessailly (Présidente au Sénat du groupe d’études « Médias et nouvelles technologies ») par le biais d'un signal fort et d'une aide conséquente, pour lui permettre d'effectuer, comme prévu, un démarrage massif de la RNT sur le territoire dans les deux années à venir. Nous demandons également de permettre l'utilisation de la norme DAB+, garantissant aux éditeurs de programme un coût de diffusion minimal pour une possibilité maximale de programmes nouveaux (14 par multiplex au lieu de 7 pour le TDMB+).
Ainsi, au fil des prochaines années, la radio Française gardera son sens, son ubiquité et sa richesse tout en s'ouvrant à des stratégies pluri-média que les jeunes nouveaux acteurs connaissent bien, tout en ayant le bon sens de militer pour le numérique hertzien, reconnu par eux indispensable pour demain.